Wednesday, April 9, 2014

La solution de l’énigme

Ce n’est ni l’or bleu, ni l’or blanc qui seront de mise dans cette ultime partie de “poker bluff” qui est en train de se jouer a l’heure présente au Liban entre deux anciens partenaires dont les intérêts respectifs ont cesse de coïncider.

Inutile de tergiverser, de tourner en rond, ou de maquiller la vérité, tel que nous n’avons cesse de le faire durant ces deux dernières décades.

Nous en sommes arrives, a l’heure actuelle, au point de non retour. Peu sont ceux qui ont  en main la solution de l’énigme.  Ceux qui la connaissent refusent de l’appliquer.

Car la solution, bel et bien, existe. Mieux encore, elle est d’une simplicité et d’une clarté aveuglante. Pourquoi donc ne pas l’admettre franchement et l’adopter maintenant, avant qu’il ne soit trop tard pour tout le monde, y compris ceux qui demeurent réticents en la matière ?

Afin de ne pas faire trop durer le suspense, permettez-moi de résumer l’énigme a laquelle nous faisons face a l’heure actuelle  Celle-ci, qui est connue de tous, peut se résumer en quelques mots. Si nous augmentons les salaires du secteur public, l’Etat n’aura pas les moyens de les payer sans s’enfoncer davantage dans une dette catastrophique. Si nous n’augmentons pas ces salaires, l’Etat, c'est-à-dire le gouvernement et le Parlement devront faire face à une quasi révolution dont nul ne peut prédire les conséquences.

Selon les dernières publications parues dans la presse, l’intention de nos édiles serait de faire « durer le suspense » en promettant de régler ces augmentations « a terme », en les échelonnant sur cinq ans pour faire taire les protestaires, et en ajournant, ainsi, le problème en partie, sans essayer de le résoudre carrément. Une telle initiative ne servirait qu’à retarder la catastrophe de quelques mois. Ceci contribuerait, d’autre part, à rendre le problème beaucoup plus difficile, sinon quasiment impossible, à résoudre plus tard.

A ce stade, il m’est nécessaire d’introduire, à l’ intention du lecteur, certaines clarifications essentielles.
           
La confrontation véritable qui se joue, a l’heure actuelle, n’est pas, comme beaucoup sont tentes de le croire, entre l’Etat et les syndicats. Le conflit réel existe,  en fait, dans les coulisses, entre les politiciens d’une part, et les tenants de la dette publique, de l’autre.

Mais laissez-moi vous expliquer, plus en détails, cette déclaration, et pour ce faire il me sera nécessaire de retourner vingt ans en arrière.

Il est possible, a mon avis, de résumer la description de l’évolution de notre dette publique en quelques lignes. Cette dernière a pris corps en 1993 quand l’Etat Libanais a du s’emprunter quelques sept milliards de dollars, pour faire face au règlement du cout de la reconstruction du pays a la fin de la guerre civile. Au lieu de régler cette dette en quelques années, ce qui aurait pu être fait facilement a l’époque, l’Etat a juge préférable de s’endetter a des taux élevés qui se sont abaisses progressivement au cours des années suivantes pour s’établir finalement a un taux moyen de 7.5% qui reste en définitive bien plus élevé que la norme internationale actuelle.

Mais il y a pire encore. Si rien n’est fait pour endiguer cet accroissement affolant de notre Dette Publique, celle-ci doublera de taille en cinq ans pour atteindre $112 milliards en 2018 et $160 milliards en 2022.  Le tableau et le graphique ci joints, qui nous amènent jusqu’en 2032,  indiquent clairement l’évolution  prévue à court et moyen terme de cette dette.

Mais alors, me demanderez-vous, que faut-il faire pour régler le dilemme pose par les revendications ouvrières et sociales, face à de telles perspectives?

Les conclusions auxquelles j’ai abouti sont les suivantes. Mais tout d’abord il s’agirait de définir qui sont les véritables protagonistes qui sont derrière ceux qui apparaissent à l’heure actuelle, c'est-à-dire les Syndicats et le Parlement.

La veritable lutte qui se déroule a présent oppose  le peuple Libanais dans son ensemble, toutes catégories sociales confondues, aux  tenants du système financier, ainsi qu’a la classe politique  prévalent a l’heure présente.

En effet, si l’on considère attentivement le graphique et le tableau ci-joint qui dessinent tous deux, bien clairement, l’évolution anticipée de la Dette selon deux scenarios distincts, on ne peut s’empêcher de constater l’impérieuse nécessité d’appliquer, dans les plus brefs délais, deux reformes conjointes et simultanées :

1.- Une reforme administrative qui consisterait a (1) introduire plus de transparence dans la gouvernance (2) réduire la taille de larges détournements dans de nombreuses institutions publiques, et, en particulier, l’EDL (3) appliquer un contrôle sérieux sur les recettes de l’Etat, et en particulier sur la collecte des droits sur l’enregistrement des biens fonds qu’il s’agirait, en outre, de rendre obligatoire, en introduisant une loi a cet effet, le plus vite possible.(4) entreprendre le plus vite possible la remise en état de notre infrastructure, et en particulier, l’Electricité. Toutes ces initiatives, à condition qu’elles soient entreprises avec sérieux et fonctionnalité, pourraient nous permettre d’économiser $42 milliards de dollars au cours des vingt prochaines années. Toutefois, ces économies ne peuvent être réalisées que si la classe politique, dans son ensemble, accepte que ces reformes soient entreprises, et appuie le processus nécessaire pour sa mise en application.
2.-  La deuxième reforme, tout aussi essentielle, mais bien plus efficace, consisterait à obtenir des détenteurs actuels des effets (bonds) de notre dette publique, qu’ils acceptent de réduire le taux moyen de 7.50% prévalant a l’heure actuelle, de deux pour cent. Ceci aurait pour résultat d’économiser à l’Etat Libanais environ $114 milliards de dollars, au cours des vingt prochaines années, tel qu’il apparait du tableau inclus a cet article. Ces économies ne peuvent être réalisées que si les tenants des effets signes par les Gouvernements Libanais antérieurs, acceptent le principe de la réduction du taux des intérêts, et appuient le processus nécessaire pour sa mise en application. Ils pourraient, de la sorte, garantir que leurs créances soient repayées intégralement au cours des vingt prochaines années.

Comme vous le démontre cette analyse, notre sort, au Liban, dépend de deux groupes distincts : la classe politique et les détenteurs des effets de la Dette Publique. Ces deux, accepteront-ils de s’entendre pour résoudre, ensemble, le problème Libanais ? « That is the question ».

Avant de conclure, je voudrais mentionner que ces deux reformes doivent être mises en application conjointement. L’une ne va pas sans l’autre, et les deux initiatives doivent être conduites de pair, pour réussir.




George Sabat (ACMA)