La solution de l’énigme
Ce n’est ni l’or bleu, ni
l’or blanc qui seront de mise dans cette ultime partie de “poker bluff” qui est
en train de se jouer a l’heure présente au Liban entre deux anciens partenaires
dont les intérêts respectifs ont cesse de coïncider.
Inutile de tergiverser, de
tourner en rond, ou de maquiller la vérité, tel que nous n’avons cesse de le
faire durant ces deux dernières décades.
Nous en sommes arrives, a
l’heure actuelle, au point de non retour. Peu sont ceux qui ont en main la solution de l’énigme. Ceux qui la connaissent refusent de
l’appliquer.
Car la solution, bel et
bien, existe. Mieux encore, elle est d’une simplicité et d’une clarté
aveuglante. Pourquoi donc ne pas l’admettre franchement et l’adopter
maintenant, avant qu’il ne soit trop tard pour tout le monde, y compris ceux
qui demeurent réticents en la matière ?
Afin de ne pas faire trop
durer le suspense, permettez-moi de résumer l’énigme a laquelle nous faisons
face a l’heure actuelle Celle-ci, qui
est connue de tous, peut se résumer en quelques mots. Si nous augmentons les
salaires du secteur public, l’Etat n’aura pas les moyens de les payer sans s’enfoncer
davantage dans une dette catastrophique. Si nous n’augmentons pas ces salaires,
l’Etat, c'est-à-dire le gouvernement et le Parlement devront faire face à une
quasi révolution dont nul ne peut prédire les conséquences.
Selon les dernières
publications parues dans la presse, l’intention de nos édiles serait de faire « durer
le suspense » en promettant de régler ces augmentations « a terme »,
en les échelonnant sur cinq ans pour faire taire les protestaires, et en
ajournant, ainsi, le problème en partie, sans essayer de le résoudre carrément.
Une telle initiative ne servirait qu’à retarder la catastrophe de quelques mois.
Ceci contribuerait, d’autre part, à rendre le problème beaucoup plus difficile,
sinon quasiment impossible, à résoudre plus tard.
A ce stade, il m’est nécessaire
d’introduire, à l’ intention du lecteur, certaines clarifications essentielles.
La confrontation véritable
qui se joue, a l’heure actuelle, n’est pas, comme beaucoup sont tentes de le
croire, entre l’Etat et les syndicats. Le conflit réel existe, en fait, dans les coulisses, entre les
politiciens d’une part, et les tenants de la dette publique, de l’autre.
Mais laissez-moi vous expliquer,
plus en détails, cette déclaration, et pour ce faire il me sera nécessaire de
retourner vingt ans en arrière.
Il est possible, a mon
avis, de résumer la description de l’évolution de notre dette publique en
quelques lignes. Cette dernière a pris corps en 1993 quand l’Etat Libanais a du
s’emprunter quelques sept milliards de dollars, pour faire face au règlement du
cout de la reconstruction du pays a la fin de la guerre civile. Au lieu de régler
cette dette en quelques années, ce qui aurait pu être fait facilement a l’époque,
l’Etat a juge préférable de s’endetter a des taux élevés qui se sont abaisses progressivement
au cours des années suivantes pour s’établir finalement a un taux moyen de 7.5%
qui reste en définitive bien plus élevé que la norme internationale actuelle.
Mais il y a pire encore.
Si rien n’est fait pour endiguer cet accroissement affolant de notre Dette
Publique, celle-ci doublera de taille en cinq ans pour atteindre $112 milliards
en 2018 et $160 milliards en 2022. Le
tableau et le graphique ci joints, qui nous amènent jusqu’en 2032, indiquent clairement l’évolution prévue à court et moyen terme de cette dette.
Mais alors, me
demanderez-vous, que faut-il faire pour régler le dilemme pose par les
revendications ouvrières et sociales, face à de telles perspectives?
Les conclusions auxquelles
j’ai abouti sont les suivantes. Mais tout d’abord il s’agirait de définir qui
sont les véritables protagonistes qui sont derrière ceux qui apparaissent à l’heure
actuelle, c'est-à-dire les Syndicats et le Parlement.
La veritable lutte qui se déroule
a présent oppose le peuple Libanais dans
son ensemble, toutes catégories sociales confondues, aux tenants du système financier, ainsi qu’a la
classe politique prévalent a l’heure présente.
En effet, si l’on considère
attentivement le graphique et le tableau ci-joint qui dessinent tous deux, bien
clairement, l’évolution anticipée de la Dette selon deux scenarios distincts,
on ne peut s’empêcher de constater l’impérieuse nécessité d’appliquer, dans les
plus brefs délais, deux reformes conjointes et simultanées :
1.- Une reforme
administrative qui consisterait a (1) introduire plus de transparence dans la
gouvernance (2) réduire la taille de larges détournements dans de nombreuses
institutions publiques, et, en particulier, l’EDL (3) appliquer un contrôle sérieux
sur les recettes de l’Etat, et en particulier sur la collecte des droits sur l’enregistrement
des biens fonds qu’il s’agirait, en outre, de rendre obligatoire, en
introduisant une loi a cet effet, le plus vite possible.(4) entreprendre le
plus vite possible la remise en état de notre infrastructure, et en
particulier, l’Electricité. Toutes ces initiatives, à condition qu’elles soient
entreprises avec sérieux et fonctionnalité, pourraient nous permettre d’économiser $42 milliards de dollars au cours des vingt
prochaines années. Toutefois, ces économies ne peuvent être réalisées que si la
classe politique, dans son ensemble, accepte que ces reformes soient
entreprises, et appuie le processus nécessaire pour sa mise en application.
2.- La deuxième reforme, tout aussi essentielle,
mais bien plus efficace, consisterait à obtenir des détenteurs actuels des
effets (bonds) de notre dette publique, qu’ils acceptent de réduire le taux
moyen de 7.50% prévalant a l’heure actuelle, de deux pour cent. Ceci aurait pour résultat
d’économiser à l’Etat Libanais environ $114 milliards de dollars, au cours des vingt
prochaines années, tel qu’il apparait du tableau inclus a cet article. Ces économies
ne peuvent être réalisées que si les tenants des effets signes par les
Gouvernements Libanais antérieurs, acceptent le principe de la réduction du
taux des intérêts, et appuient le processus nécessaire pour sa mise en
application. Ils pourraient, de la sorte, garantir que leurs créances soient repayées
intégralement au cours des vingt prochaines années.
Comme vous le démontre cette
analyse, notre sort, au Liban, dépend de deux groupes distincts : la
classe politique et les détenteurs des effets de la Dette Publique. Ces deux,
accepteront-ils de s’entendre pour résoudre, ensemble, le problème Libanais ?
« That is the question ».
Avant de conclure, je
voudrais mentionner que ces deux reformes doivent être mises en application conjointement. L’une ne va pas sans l’autre,
et les deux initiatives doivent être conduites de pair, pour réussir.
George Sabat (ACMA)